La rentrée littéraire 2013 : premier défrichage

Le 21 août prochain, la rentrée littéraire débarque en librairie. Au menu cet automne, 555 nouveaux romans, soit un chiffre un peu plus raisonnable que les années précédentes, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Mais c’est suffisant pour qu’il y en ait pour tous les goûts : des gros livres, des petits, des drôles, des émouvants, des romans qui font faire le tour du monde, d’autres qui font voyager dans le temps…

Et comme nous avons la chance de pouvoir découvrir ces romans avant tout le monde, que nous en avons déjà lu un certain nombre et adoré quelques uns, nous allons essayer de vous faire part pendant l’été de nos premières impressions (pour ne pas que vous soyez trop perdus fin août, lorsqu’il s’agira de les lire à votre tour…)

 

Littérature française :

La grâce des brigands, de Véronique Ovaldé
Editions de l’Olivier, 19,50€ – Sortie le 22 août

Véronique Ovaldé, sa plume délicate et lumineuse, toujours flirtant avec une drôle de rudesse onirique, une réalité exaltée, semble avoir pris un nouvel envol, un très bel envol. On retrouve dans La Grâce des brigands ses thèmes chers, présents dans ses ouvrages précédents, tels les relations familiales et générationnelles, les rapports passé-présent, la féminité… Mais c’est vraiment l’essence cristallisée de ces éléments qu’elle a extrait pour en constituer ce roman, d’une ampleur inégalée. Avec toujours des personnages magnifiquement nommés, comme l’héroïne, Maria Cristina Väätonen, qui lorsqu’elle reçoit un appel de sa mère dont elle est sans nouvelles depuis des années, voit l’ordre qu’elle avait cru installer dans sa vie tout bouleversé, surtout lorsqu’elle apprend qu’elle doit retourner à la maison familiale pour ramener Peeleete, le fils de sa sœur, avec elle, et l’adopter. Nous sommes en juin 1989, Maria Cristina vit à Santa Monica. Cela fait vingt ans qu’elle a quitté Lapérouse et son univers archaïque pour la lumière de la ville et l’esprit libertaire de la Californie des années 70. Elle n’est plus la jeune fille contrainte de résister au silence taciturne d’un père, à la folie d’une mère et à la jalousie d’une sœur. Elle n’est plus non plus l’amante de Rafael Claramunt, un écrivain/mentor qu’elle voit de temps à autre et qui est toujours escorté par un homme au nom d’emprunt, Judy Garland. Encouragée par le succès de son premier roman, elle est déterminée à placer l’écriture au cœur de son existence, être une écrivaine et une femme libre. Quitte à composer avec la grâce des brigands.

la grâce des brigands

 

Pietra viva, de Leonor de Recondo,
Sabine Wespieser, 20€ – Sortie le 29 août

Le récit d’un séjour de Michel-Ange à Carrare où il choisit le marbre de ses statues et médite, inconsolable, sur la mort de ceux qu’on aime… Dit comme ça, ce n’est pas forcément emballant, et pourtant ! On est fasciné par ce personnage, ce génie si sensible, tantôt bouleversant tantôt infréquentable. L’écriture quant à elle est superbe, musicale et précise, et il se dégage de ce roman une sensualité inouïe.

pietra viva

 

Danse noire, de Nancy Huston
Actes Sud, 21€ – Sortie le 21 août

Sur un lit d’hôpital, Milo s’éteint lentement. À son chevet le réalisateur new-yorkais Paul Schwarz rêve d’un ultime projet commun : un film qu’ils écriraient ensemble à partir de l’incroyable parcours de Milo. En s’attachant à ce destin issu d’un passé aussi singulier qu’universel, en s’arrêtant sur les origines de Milo dans un premier temps effacées puis peu à peu recomposées, ce film serait le reflet éclatant de trois lignes de vie ayant traversé le siècle en incarnant ses décennies de joies et de larmes, d’espoirs et de résistance, d’exode, d’exils et de fureur. Vivre, écrire, créer dans une langue étrangère, porter en soi la polyphonie des mondes d’un bout à l’autre du XXe siècle, cet ouvrage puissant est à lui seul la voix de l’exil, il incarne sa force riche et douloureuse. Construction magistrale, une langue toujours complexe et décomplexée, il s’agit là d’une oeuvre audacieuse et maîtrisée que l’on nous met sous les yeux. Et d’ailleurs, est-ce livre, ou un film ? Quoi qu’il en soit, Nancy Huston y atteint un nouveau sommet de virtuosité et de splendeur.

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Il faut beaucoup aimer les hommes, de Marie Darrieussecq
POL, 18€ – Sortie le 22 août

Quoi que l’on pense des précédents romans de Marie Darrieussecq, on ne peut qu’être touché par celui-ci, subtile histoire d’amour univoque, de désir, de fascination et de manipulation. Histoire de cinéma aussi, l’ensemble se déroulant à Hollywood. Et histoire d’Afrique, puisqu’il y est longuement question d’Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad, et de son adaptation cinématographique. L’écriture est d’une sobriété étonnante, toujours très juste (et jamais vulgaire, pour ceux qui s’en inquiéteraient). Un premier gros coup de coeur !

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L’échange des princesses, de Chantal Thomas
Le Seuil (Fiction et Cie), 20€

Autant le dire d’emblée, les romans historiques, ça n’a jamais été mon truc. Les intrigues de Cour, la vie des puissants et leurs états d’âme ne m’ont jamais emballés. Et pourtant, cet Echange des princesses, publié dans l’exigeante collection « Fiction et Cie », est un régal de lecture !
En 1721, la France et l’Espagne organisent deux mariages arrangés : l’Infante d’Espagne (4 ans) épousera le futur roi Louis XV (11 ans), tandis que Mademoiselle de Montpensier se rendra à Madrid épouser le futur roi d’Espagne… Les princesses seront « échangées » à la frontière au milieu de la Bidassoa.
On pense beaucoup au « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola pendant la lecture : comme elle, Chantal Thomas s’intéresse au déracinement, à la violence de cet échange pour des jeunes gens pas encore adolescents et qui sont propulsés contre leur gré dans un palais étranger où ils subissent la violence et la pression de la Cour. Et comme pour Coppola, le style est résolument moderne, ce qui ne gâche en rien notre plaisir.

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Lady Hunt, de Hélène Frappat
Actes Sud, 20€ – Sortie le 21 août

Un rêve hante les jours et les nuits de Laura, le rêve d’une maison. Une peur aussi, celle d’être atteinte par ce mal étrange qui frappa son père. Et une disparition inexplicable, celle d’un enfant. Elle va devoir lutter contre cet irrationnel qui s’immisce dans sa vie chaque jour un peu plus.
Avec Lady Hunt, Hélène Frappat tient le lecteur en haleine et réinvente le roman gothique anglais, où le fantastique n’est jamais loin.

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L’accomplissement de l’amour, de Eva Almassy
L’olivier, 13€ – Sortie le 22 août

Une femme brisée part à la recherche d’un bonheur simple, d’un nouvel amour, avec les outils de notre époque : sites de rencontres, SMS… Un roman émouvant sur le destin parfois injuste avec les êtres, et sur le quotidien d’une relation amoureuse au XXIe siècle, par Eva Almassy, une fidèle voix des « Papous dans la tête ».

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Littérature étrangère

Transatlantic, de Colum McCann
Belfond, 22 euros – Sortie le 22 août.

Beaucoup de choses dans ce livre : des époques différentes, des pays différents, divers styles, divers points de vue, fiction, histoire… Il s’agit bien des tisser des fils, de construire des ponts entre tout cela, et Colum McCann l’avait déjà démontré dans Et que le vaste monde poursuive sa course folle (un funambule s’élançant sur une corde tendue entre les Twins Towers), il aime créer des liens. Transatlantic porte bien son titre, puisque le sujet principal de l’ouvrage pour sur les échanges transatlantiques entre l’Amérique et l’Irlande entre 1845 et 2011, qu’il s’agisse de voyages, de lettres, d’exploit aéronautique, de rêves, d’adieux… De très belles voix (comme un magnifique écho d’Echenoz dans la première partie), tendues par le déracinement, la perte d’êtres chers et le dépassement de soi à travers les deux derniers siècles, c’est par le point de vue de différents personnages réels ou imaginaires que l’histoire de l’Irlande va petit à petit se révéler au lecteur. Un très bel hommage à ce pays, un très beau moment de littérature.

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Romans ados

Le cœur des louves, de Stéphane Servant
Le Rouergue, 17,50€ – Sortie le 21 août

Un lourd secret pèse sur l’histoire de la grand-mère de Célia. Sorcellerie ou folie, ce roman nous emmène aux cotés de cette jeune fille qui recherche la vérité sur sa famille. Mensonges et croyances rurales se mêlent dans cette quête sur le passé, sur les raisons qui poussent les habitants à les haïr, elle et sa descendance.

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Un jour j’irai chercher mon prince en skate, de Jo Witek
Editions Actes Sud Junior, 11€ – sortie le 21 août

Bon, d’accord, la couverture n’est pas forcément des plus réussies. Et c’est dommage, car ce roman (à partir de 12 ans) se lit tout seul, drôle et touchant, tout empreint des mythes des vieux contes de fées qu’une jeune fille souhaiterait bien pouvoir revivre… Hélas, attendre le baiser du prince charmant, aujourd’hui, ce n’est apparemment pas évident !9782330022198_1_75

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Inclassable

Les boloss des Belles Lettres, de Quentin Leclerc et Michel Pimpant
J’ai lu, 13€ – Sortie le 21 août

 « Au début le père Balzac je sais pas ce qu’il a méfu mais clairement il plane total vu qu’il te fait la playlist de tout ce qu’il téma genre oh une chaise oh un ours oh une veste zippée kappa et tout l’toutim mdr mais là il fait la description la plus longue du monde que quand tu lis tu te dis walla il veut ma mort le FDP c’est koi son délire il va nous dire tout ce qu’il voit baltringue ho j’ai des yeux moi aussi enculé alors mon conseil c’est que faut pas rester sur cette impression car toi même tu sais que la litterature est une gow rebelle une gazelle farouche genre elle te regarde par dessous mais elle veut pas que ses bitches elles savent qu’elle te kiffe on parle sentiment mais c’est normal putain c’est de l’art fdp. »

Voila comment les « Boloss des Belles lettres » résument le début du Père Goriot de Balzac et ses descriptions qui n’en finissent pas… De Homère à Houellebecq, une cinquantaine de « classiques » de la littérature sont ainsi résumés, dans ce style que les plus de vingt ans ne peuvent pas comprendre. C’est un outrage aux chef-d’œuvres, c’est hilarant, c’est génial, c’est la littérature pour tous les waloufs, c’est les Boloss des Belles Lettres !

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