La rentrée littéraire 2021

Rien ne t’appartient, Nathacha Appanah, éditions Gallimard, 160 pages.

L’écrivaine mauricienne Nathacha Appanah est une des voix singulières de la littérature contemporaine francophone qui tisse depuis près de 20 ans une œuvre sensible et puissante. Son nouveau roman retrace le destin de Tara, femme veuve qui se remémore sa jeunesse marquée par l’enfance heureuse, les soubresauts politiques de son pays, la violence, l’amitié. D’une écriture simple, fluide et chargée de mystère, elle dévoile son histoire et celle de l’amie qui la hante grâce à une construction très maîtrisée du récit. Avec une grande finesse, Nathacha Appanah parvient à s’immiscer dans l’intimité des personnages pour raconter de manière très juste des expériences complexes et ambiguës telles que les sentiments et le désir d’une adolescente dans un milieu hostile. Impressionnant !

Notre part de nuit, Mariana Enriquez, éditions du Sous-sol, 768 pages.

C’est la claque de cette rentrée ! Roman de grande ampleur, qui mêle le fantastique, la saga familiale, le roman d’amour, la chronique politique et sociale des années 1980 en Argentine. Un roman addictif et fascinant d’où surgissent des images qui vous renversent, images d’horreur ou de pure tendresse. Truffé de références littéraires, cinématographiques et musicales, le livre nous fait traverser les époques et les continents grâce à une construction narrative élaborée. Mariana Enriquez a un talent fou pour faire vivre ses personnages dans un univers où les morts hantent les vivants et où tous vont nous habiter longtemps.

 

Bel Abîme, Yamen Manai, éditions Elyzad, 120 pages.

Un texte bref et cinglant, quatrième roman de Yamen Manai, jeune auteur tunisien qui a notamment écrit L’amas ardent (2017) que nous avions beaucoup aimé. Dans Bel Abîme, il donne voix à un adolescent rebelle arrêté par la police, s’adressant à son avocat. Il y dit sa rage contre une société tunisienne étouffante : la violence intrafamiliale, le sentiment d’effondrement, l’injustice sociale, le manque d’amour. Une parole émouvante et percutante, apparemment simple dans la forme mais qui en dit beaucoup, dans la lignée des textes publiés par la belle maison d’édition Elyzad basée à Tunis.

 

Le sniper, son wok et son fusil, Chang Kuo-Li, éditions Gallimard, coll. Série noire, 368 pages.

Ai Li est un tireur d’élite pris entre deux feux. Après une mission pourtant exécutée dans les lettres de l’art, il va devoir partir en cavale avec ses anciens compagnons d’arme et Interpol à ses trousses. Notre coup de cœur polar de la rentrée. C’est la première traduction du chinois à la série noire et, sans révolutionner les canons du genre, on est ravi de rencontrer une nouvelle voix et un humour venus de loin. Entre Jason Bourne et Shibumi, une lecture vraiment réjouissante.

Trois idées de lecture

Canoë, Maylis de Kerangal, éditions Verticales, 16,50€

Un magnifique recueil de nouvelles qui fait résonner la beauté et la complexité des voix humaines, en France et en Amérique du Nord. On a beaucoup aimé !

 

 

Les cinéphiles amateurs de Werner Herzog aimeront le roman noir Casino Amazonie de l’auteur brésilien Edyr Augusto (éditions Asphalte) dont l’ambiance rappelle le grandiose Fitzcarraldo.

 

 

 

Du côté des enfants, l’album Changer d’air de Jeanne Macaigne (éditions Les fourmis rouges) est notre « histoire-du-soir » du moment : un livre richement illustré qui parle des conflits (au sein de la fratrie par exemple…) et célèbre l’harmonie, à lire aux enfants dès 4 ans.

Petite sélection parmi nos rayons (avril 2021)

Des romans, des récits, des essais… Variés, passionnants et étonnants chacun à leur manière, pour vous donner des idées de lecture !

LITTÉRATURE

L’Avantage de Thomas André, éditions Tristram, 17€

Chronique d’un été, d’un tournoi de tennis et d’un passage à vide, le premier roman de Thomas André sonde l’esprit et le corps d’un jeune homme qui ne semble vivre que raquette en main face à un adversaire. Atmosphères troubles, ambiguïtés, flottements, sont restituées avec beaucoup de justesse. Digne des grands américains (Carver, Hemingway) dans cette façon de taper juste à chaque description (un sacré toucher de balle, osera-t-on…) mais aussi pour cette aptitude subtile à nous faire sentir les errances d’un jeune garçon à la fois doué et absent à lui-même. Bertrand

Nom de noms de Gilles Verdet, éd. L’arbre vengeur, 13€

Gilles Verdet continue avec Nom de noms à explorer la vie des gens qui, d’ordinaire, restent dans l’ombre, comme Jean-Pierre Martinet, partis de rien et arrivés nulle part… La brochette de personnages ci-présentée a en commun un nom à coucher dehors : Rien, Personne, Lediable, etc. Leurs destins vont se trouver emmêlés dans sombre histoire de chantage partie de… pas grand-chose. Avec humour et en observateur attentif et bienveillant, Gilles Verdet dépeint les blessures de la vie qui parfois nous pèsent depuis la naissance. Jérôme

André-la-poisse, Andreï Siniavski, Editions du typhon, 15€

Le jeune André est bègue, et quand une fée vient se pencher sur son mal, la guérison n’est pas gratuite : il sera, en contrepartie, porteur de malchance ! Les mésaventures vont s’enchainer pour le héros, coupable malgré lui du malheur des autres. Ecrit en 1980 par le dissident russe Andreï Siniavski, ce conte à l’humour noir est un bijou de finesse aux accents kafkaïens. Derrière une trame cocasse et fantastique, il offre un regard sur le sort de l’écrivain, la puissance des systèmes et la liberté. La préface signée par son fils l’écrivain Iegor Gran est complétée par une série d’entretiens éclairants menés par les éditeurs et à retrouver en ligne. On vous recommandera aussi chaudement la lecture du passionnant Les services compétents (éditions POL, paru en janvier 2020) de Iegor Gran qui y raconte avec humour (oui c’est possible !) la traque de son père par les services du KGB. Aline

L’année du singe, Patti Smith, Gallimard, 18€

Patti Smith vient de fêter ses 70 printemps. Comme dans son livre M Train, le lecteur navigue dans un récit entre rêve et réalité entre la côte ouest américaine et le domicile new-yorkais de la chanteuse. Hymne à la musique, l’amitié, la littérature. Méditation sur l’absence et la fuite du temps. La grande dame du rock convoque le merveilleux de l’enfance et s’attache aux signes qui jalonnent une vie. Très beau. Bertrand

L’inconnu de la poste, Florence Aubenas, éditions de L’Olivier, 19€

La journaliste Florence Aubenas retrace presque 10 ans d’enquête après l’assassinat en 2008 d’une jeune femme dans le bureau de poste d’un village de montagne. Au-delà du fait-divers, elle nous propose sans voyeurisme le portrait multiple d’un territoire et de ses habitants – en particulier de Gérald Thomassin, acteur de cinéma au parcours chaotique, désigné un temps comme le principal suspect, porté disparu depuis 2019. Ancienne chroniqueuse judiciaire et grande connaisseuse de la justice française, l’auteure revient avec précision sur les nombreux rebondissements de cette affaire jamais élucidée. Aline

Normal people, Sally Rooney, éditions de L’Olivier, 22€

Une romance contemporaine dans l’intimité d’un couple d’adolescents irlandais, du lycée à leurs années d’études à Dublin. La justesse des dialogues et la mécanique rapide du roman découpé en courts chapitres (on comprend qu’il ait été adapté en série !) en font un livre à dévorer d’une traite ! Aline

 

Les gouvernantes, Anne Serre, éditions Champ Vallon, 15€

« Ce sont « les gouvernantes » . Elles sont trois, dans une grande maison au fond d’un parc, comme des reines, protégées du monde extérieur par des grilles d’or. Tour à tour follement gaies, tendres ou cruelles, mais toujours ardentes et puissamment vivantes, elles s’allient, se séparent, se déchirent ou se poursuivent dans d’étranges jeux qui sont ceux de la vie. Observées par l’oeil implacable d’une lunette qui ne les perd pas de vue, « les gouvernantes » jouent pour nous le charme et la magie d’un songe de nuit d’été… » (éditions Champ Vallon)

La fracture, Nina Allan, 10/18, 8,80€

« Le 16 juillet 1994 dans la région de Manchester, Julie Rouane, dix-sept ans, prétexte un rendez-vous avec une copine pour s’absenter du domicile familial… et disparaît pendant plus de vingt ans. Longtemps après l’abandon de l’enquête par la police, son père, Raymond Rouane, continue à explorer seul toutes les pistes possibles. En vain. La mère de Julie et sa soeur cadette, Selena, tentent elles aussi de faire front, chacune à sa manière. Puis un soir, 20 ans après, une femme qui prétend être Julie contacte Selena. Alors qu’on avait soupçonné que l’adolescente ait pu être enlevée et assassinée – un homme de la région ayant avoué plusieurs meurtres de femmes -, l’histoire que Julie raconte à sa soeur est tout à fait différente, extravagante, impossible… » (éditions 10/18)

POLAR

Les chiens de Pasvik, Olivier Truc, éditions Métailié, 21€

« La frontière ? Une invention d’humains.
Des rennes norvégiens passent côté russe. C’est l’incident diplomatique. Police des rennes, gardes-frontières du FSB, le grand jeu. Qui dérape. Alors surgissent les chiens de Pasvik. Mafieux russes, petits trafiquants, douaniers suspects, éleveurs sami nostalgiques, politiciens sans scrupules, adolescentes insupportables et chiens perdus se croisent dans cette quatrième enquête de la police des rennes. Elle marque les retrouvailles – mouvementées – de Klemet et Nina aux confins de la Laponie, là où l’odeur des pâturages perdus donne le vertige.
Olivier Truc nous raconte le pays sami avec un talent irrésistible. Il sait nous séduire avec ses personnages complexes et sympathiques. Et, comme dans Le Dernier Lapon et La Montagne rouge, il nous emmène à travers des paysages somptueusement glacés. » (éditions Métailié)

Quarantaine, Peter May, éditions du Rouergue, 22€

« Alors qu’une épidémie sans merci a séparé la capitale britannique du reste du monde, alors que le Premier ministre lui-même vient de mourir, un ouvrier découvre sur le chantier ce qu’il reste du corps d’un enfant. MacNeil, l’homme qui a décidé de quitter la police, est envoyé sur les lieux. C’est lui, le policier désabusé, qui va devoir remonter la piste d’une machination abominable, dans une ville en butte aux pillages où les soldats en patrouille font la loi. Et alors qu’il apprend que son fils unique, Sean, est contaminé à son tour, n’ayant qu’une chance infime d’en réchapper. » (Le Rouergue)

PHILOSOPHIE

L’empire du non-sens ; l’art et la société technicienne, Jacques Ellul, éditions L’échappée,  20€

« Dans notre monde envahi par les technologies et leur recherche frénétique de l’efficacité, l’art pourrait apparaître comme une oasis vouée à la contemplation et à la méditation. Il n’en est pourtant rien. L’art de notre temps emprunte à l’industrie ses objets et ses matériaux, peuple ses expositions d’écrans, et rêve de cyborgs et de réseaux.
Dans ce livre prophétique, le grand penseur de la technique Jacques Ellul montre comment plasticiens, écrivains et musiciens ont succombé aux forces qui écrasent le monde. Certains, subjugués dès le début du xxe siècle par la technoscience, adoptent ses outils et ses procédures, se condamnant ainsi à la froideur, à l’absurdité ou à l’abstraction. D’autres – ou parfois les mêmes -, se voulant contestataires, accumulent les représentations du désastre ou les signes de la subversion, sans jamais pour autant saisir la racine du mal : le règne de la Technique.
Pour masquer sa vacuité, l’art contemporain se pare d’un discours théorique sophistiqué et intimidant. Passant outre, Ellul incite les artistes à s’émanciper de leur fascination pour la technologie, afin de renouer avec la faculté, propre à tout créateur authentique, d’allier le sens au sensible. » (éditions L’échappée)

Je fus ; essai sur la liberté, Bernard Charbonneau, éditions R&N, 22€

« Je fus, que son ami Jacques Ellul tenait « pour un des seuls livres fondamentaux sur la liberté », est l’œuvre de philosophie existentielle majeure de Bernard Charbonneau. Cet Essai sur la liberté, véritable odyssée intellectuelle et sensible d’une liberté incarnée, à laquelle Bernard Charbonneau donne corps, sang, chair, esprit et style d’une manière incomparable, s’articule autour de l’autre concept central de sa pensée : la nature. Imprégné des intuitions de ceux qui l’ont accompagné dans sa quête (Montaigne, Pascal, Kierkegaard, Nietzsche), Charbonneau explore le concept de liberté sous toutes ses formes ; la sienne est forcément tragique (« le plus dur des devoirs »), qu’il oppose au « mensonge de la liberté » et à tous ses avatars idéologiques, technoscientifiques ou consuméristes. un livre indispensable pour quiconque cherche à être vraiment libre, c’est-à-dire à interroger les conditions de possibilité de sa propre liberté – et surtout à la vivre, ici et maintenant. » (éditions R&N)

CURIOSITÉS

À découvrir, à lire et/ou à offrir !

Les livres de la petite maison d’édition Les Venterniers sont à retrouver à la librairie. De beaux ouvrages de poésie faits à la main, pleins de délicatesse, d’humour et de fantaisie.

(photos éditions Les Venterniers)

 

 

 

Nos derniers conseils de lecture

Un texte lumineux sur la montagne et l’engagement. Un homme marche en montagne sur un chemin qu’il connait bien. Quelques mètres plus loin, un autre marcheur est emporté par un éboulement. Il se trouve que les deux personnages se connaissaient bien quarante ans auparavant : frères d’armes dans une organisation clandestine d’extrême gauche, l’un a trahi l’autre. Est-il possible que cette chute ne soit qu’un accident ? Le roman met en scène le jeune juge et l’accusé dans un long dialogue écrit sur le fil. D’une écriture minérale et fluide, il offre de magnifiques pages sur la montagne et des réflexions sur l’engagement politique, tout en maintenant, jusqu’au bout, le suspense sur la culpabilité du personnage.
Impossible, Erri de Luca, Gallimard, 16,50€

Elisa Shua Dusapin nous emmène encore une fois dans son univers si particulier, cette fois-ci dans une fiction même si on l’imaginerait bien à la place de son héroïne : une jeune costumière, fraichement diplômée, qui va faire ses armes dans un cirque à Vladivostok auprès d’un trio de barre russe (si vous ne connaissez pas cette discipline, vous verrez, c’est très impressionnant !). Le roman nous fait partager leur histoire, le temps d’une saison et d’une compétition. Toujours un peu décalé, original, et très touchant.
Vladivostok Circus, Elisa Shua Dusapin, éditions Zoé, 16,50€

Dépaysement, rire, mort, amour, lumière et campagne islandaise. Voici les quelques mots qui pourraient résumer cette pépite littéraire de Jón Kalman Stefánsson (auteur notamment d’Asta) qui nous fait vivre le temps d’un roman parmi les 400 habitants d’un village islandais au fond d’un fjord. D’une ferme à l’autre, en passant par la coopérative et la salle des fêtes (les bals sont au coeur de la vie sociale), c’est une fresque sociale touchante, une comédie humaine à la sauce islandaise où la vie est parfois tragique, mais souvent cocasse – et où finalement on rit beaucoup.
Lumière d’été, puis vient la nuit, Jón Kalman Stefánsson, éditions Gallimard, 22,50€

La vie, les galères et les amours d’une jeune fille noire de 17 ans, pauvre, mère d’un enfant, dans l’Amérique ségrégationniste des années 1950… On ne peut pas dire que le sujet soit follement réjouissant, et pourtant ! Au-delà de la dureté de la réalité qu’elle décrit, il se dégage de ce texte une joie de vivre, une force et une énergie communicatives. Car cette femme à la volonté de fer a aussi un incroyable bagou, et affronte les obstacles avec un mélange de fierté et d’innocence juvénile. Et l’on perçoit déjà les germes de l’engagement politique de Maya Angelou, grande figure du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis.
Rassemblez-vous en mon nom, Maya Angelou, éditions Notabilia, 18€.

 

Petite sélection parmi les nouveaux livres illustrés et BD

Le texte intégral de Steinbeck illustré par Rébecca Dautremer. À couper le souffle !

 

 

 

 

 

Cinquième tome de la série autobiographique de Riad Sattouf qui raconte cette fois son adolescence.

 

 

 

 

Extrait de la présentation par l’éditeur : « Publié en décembre 1942 en France chez Gallimard, l’édition française de Pilote de guerre, rapidement retirée de la vente sur ordre des autorités allemandes d’occupation à la suite d’une violente campagne de la presse collaborationniste, ne reprenait pas les dessins de Bernard Lamotte. (…) Le capitaine Antoine de Saint-Exupéry y est lui-même représenté : l’ouvrage a pour cadre sa périlleuse mission de reconnaissance aérienne du 23 mai 1940 entre Orly et Arras. »

 

Un atlas historique grand format pour les enfants à partir de 7 ans. Clair, fouillé, bien illustré ; on avait déjà beaucoup aimé l’atlas Comment va le monde ? dans la même collection.

 

 

 

 

Un conte illustré enrichi de pages documentaires sur les tapisseries médiévales de La dame à la licorne. À lire avec les enfants dès 6 ans.

 

 

 

 

 

Un bel album pour s’élever dans les airs, voir plus haut et plus loin… Avec les enfants entre 3 et 6 ans. Le souffle du vent, Grahame Baker-Smith, éd. Kimane

Sous le nouveau lustre en salle jeunesse

Mise en lumière de quelques titres grâce à la nouvelle suspension installée dans l’espace jeunesse (merci à Delphine du magasin de décoration Hylé au 1 rue des Cordeliers !). On profite du confinement pour poursuivre l’aménagement du nouveau local, car une librairie, c’est avant tout un lieu pour vous accueillir !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur cette photo apparaissent

  • Les bidules chouettes, une super collection qui raconte les aventures extraordinaires de personnages ordinaires (Edith la chaussette, Hercule le poireau…). Des histoires courtes truffées de jeux de mots et de retournements de situations
  • L’œil de Berk de Julien Béziat, nouvelle aventure de notre peluche préférée ! Toujours aussi drôle, pour les 3-6 ans.
  • Mon île de Mark Janssen, album aux illustrations magnifiques pour une plongée dans le monde marin. Pour les enfants de 3 à 6 ans.
  • Cachée ou pas, j’arrive ! de Lolita Séchan et Camille Jourdy. Une partie de cache-cache mise en images et en textes de manière très originale, à lire et relire aux enfants dès 4 ans.
  • Le dernier album hors série de Mortelle Adèle, l’impertinente héroïne des jeunes lecteurs dès 7 ans.
  • L’auteur de Mortelle Adèle fait dans l’humour noir et grinçant avec Les petites filles cruelles aux éditions Talents hauts (dont on apprécie les ouvrages engagés pour l’égalité filles/garçons). Dès 5 ans.
  • Le monde perdu aux éditions Chocolat, un livre qui se lie en se dépliant en une superbe carte aux trésors, pour les petit.e.s pirates à partir de 6 ans. Ingénieux !

Coups de coeur de la rentrée littéraire / septembre 2020

Une femme surgit dans un village de montagne à la recherche d’un homme disparu. De loin, Noële, herboriste solitaire, l’observe, la suit, s’immisce dans l’histoire de l’autre pour en modifier le cours. Dans un décor grandiose de montagne, Laurence Vilaine nous emmène sur les chemins escarpés du mensonge, des vies fantasmées et de l’amour. On s’y égare avec plaisir, portés par une écriture sobre et habitée.

La Géante, Laurence Vilaine, éditions Zulma, 192 pages, 17,50€

 

Pastiche de thèse littéraire, l’ouvrage de Tiphaine Le Gall glose autour d’un très célèbre roman paru en 2050 et qui a révolutionné le monde de l’art : L’œuvre absente, 200 pages… blanches. Un canular très réussi, sur un ton plus sérieux qu’Art de Yasmina Réza auquel on peut penser, qui brille par ses analyses tant sur cette œuvre fictive que sur la littérature classique française (d’excellents passages sur Flaubert en particulier). Avis aux amateurs de critique littéraire !

Une ombre qui marche, Tiphaine Le Gall, éd. L’arbre vengeur, 200 pages, 14€

 

Premier roman choc qui se lie en un souffle. Une famille irakienne où règne le code d’honneur. Les voix de chacun de ses membres s’unissent en un chœur tragique et majestueux. Un texte publié par Elyzad, maison d’édition tunisienne véritable défricheuse de talents. Gros coup de coeur !

Que sur toi se lamente le Tigre, Emilienne Malfatto, éditions Elyzad, 80 pages, 13,90€

 

 

Un récit envoûtant sur fond de catastrophe écologique. Ambiance trash, mélange des genres, droguefs et rock’n roll ; les amateurs de science-fiction apprécieront la superposition des plans temporels aussi maîtrisée que dans les livres de Christopher Priest ; si vous vous intéressez à l’Amérique centrale, il s’agit de la première traduction en français d’un livre d’une des icônes de la littérature caribéenne actuelle, musicienne par ailleurs. Bref, un texte foisonnant à découvrir !

Les tentacules, Rita Indiana, Editions Rue de L’échiquier, 192 pages, 17€

 

Une magnifique fresque historique à l’écriture exigeante qui nous plonge dans l’effervescence des cabinets d’architectes de Budapest à la Belle époque. A travers la trajectoire ascensionnelle d’un jeune apprenti, le roman peut aussi se lire comme une réflexion sur l’ambition, l’audace et le poids des empires avant leur effondrement.

Art nouveau, Paul Greveillac, Gallimard, 20€, 286 pages.

 

Vous pensez avoir mis les pieds dans un roman de science-fiction paranoïaque et absurde. Sauf qu’il s’agit d’une chronique… Avant et au cœur de la crise sanitaire qui nous occupe, Alexandre Labruffe, qui a séjourné plusieurs fois en Chine, nous embarque dans un récit éclaté, sorte de documentaire foldingue et intérieur d’une civilisation qui marche sur la tête. Inquiétant et cocasse !

Un hiver à Wuhan, Alexandre Labruffe, éditions Verticales, 112 pages, 12€

Quelques livres pour la jeunesse…

Un imagier grand format avec des pages qui se déplient pour nous faire découvrir de magnifiques dessins à la gouache. La richesse de la nature, la variété des teintes et la précision du trait à la portée de tous ! Dès 2 ans.
L’imagier des couleurs de la nature, Pascale Estellon, 19,50€

 

 

 

Un album sur la musique, les départs, et l’espoir… Sublime ! Pour voir quelques pages sur le site de l’éditeur : https://editionsdeux.com/produit/le-barrage/
Dès 5 ans (et jusqu’à 103 ans, c’est si beau !).
Le Barrage, David Almond, Levi Pinfold, éd. D’eux, 16€

 

 

Un roman drôle et surprenant, où se mêlent les voix des quatre personnages : Boris, un homme amoureux de sa voisine ; Chilpéric, le petit garçon du dessous ; Odilon, un corbeau qui parle ; et Asia, une fille sans coeur. Une histoire menée tambour battant, pleine de fantaisie et de tendresse, par les éditions Courtes et longues qui ont publié l’an dernier le très chouette Bienvenue à Oswald de Célia Garino. Dès 10 ans.

À cœur ouvert, Marie-France Zerolo et Élisabeth Benoit-Morelli, éd. Courtes et longues, 16,90€.

 

Difficile de passer à côté du dernier Timothée de Fombelle, grand auteur de romans pour la jeunesse (et pas seulement d’ailleurs, son livre Neverland paru récemment nous avait aussi beaucoup plu !)… Vous avez sans doute entendu parler d’Alma dans la presse, nous l’avons lu et on vous le confirme : il est très très bien, allez-y !!! Premier volet d’une trilogie, c’est un nouveau roman captivant plein d’aventures, de suspense et d’émotion, de finesse dans les descriptions, de précision dans la reconstitution historique, avec un soupçon de magie… Pour lecteurs jeunes et moins jeunes à partir de 11 ans.

Alma, Timothée de Fombelle, éd. Gallimard jeunesse, 18€.

Quelques livres printaniers pour les plus petits (0-3 ans)

Sur le nez du chiot, une sauterelle… Haïkus pour les quatre saisons de Rodoula Pappa et Seng Soun Ratavahn, éd. Cambourakis, 14€

Quatre saisons et une nuit d’été de Rotraut Suzanne Berner, éd. La Joie de Lire, 29,90€

Printemps de Leo Lionni, éd. Ecole des Loisirs, 8€

L’air du printemps, Jo Witek, Emmanuelle Halgand, éd. Père Castor, 12,90€ (livre + CD audio)

Les insectes de mon jardin, Adeline Ruel, éd. Père Castor, 9,50€

Dans l’herbe, Yukiko Kato, Komako Sakai, éd. Ecole des Loisirs, 8€

La guerre des salamandres, Karel Capek, éd. Cambourakis

La guerre des salamandres de Karel Capek, avant d’être l’un des ouvrages marquants de la science-fiction au XXe siècle (c’est à Capek que l’on doit l’usage du terme « robot »), est un formidable pamphlet sur l’arrogance humaine et les errements du monde moderne. En 1935, l’écrivain tchèque dénonçait avec brio le capitalisme et l’impérialisme ambiant et montrait comment une guerre peut se préparer sourdement, dans les profondeurs de l’océan.

Résumé par l’éditeur :

Les « Salamandres » de Capek sont secrètement parvenues, parallèlement à l’homme, à un degré d’évolution presque comparable. Ce sont de braves créatures peuplant discrètement, à l’abri des requins, certains hauts-fonds de nos côtes maritimes. L’homme (en la personne truculente du Capitaine Van Toch) les découvre d’abord au large de l’Indonésie, sur une petite île sauvage. Ce sont des êtres paisibles, corvéables à merci et même comestibles. Asservies, exploitées, les salamandres finiront cependant par se révolter, initiées en cela par la pensée marxiste et sensibilisées aux droits accordés aux ouvriers. Emportées par leur élan, ces dernières découvriront alors l’impérialisme, le nationalisme, grignotant peu à peu l’habitat terrestre, nos côtes s’effondrant dans leurs océans. Succéderont-elles alors à l’homme, seules maîtresses d’un globe aquatique, imitant celui-ci jusque dans sa manie d’autodestruction ? « Alors que la situation mondiale se présentait on ne peut plus mal sur le plan économique et pire encore sur le plan politique, j’eus l’occasion d’écrire la phrase suivante : «Ne pensez pas que l’évolution qui a abouti à notre vie soit la seule possibilité d’évolution sur cette planète.» C’est cette phrase qui est coupable, c’est l’origine de la guerre des salamandres. » (Karel Capek)

Et frappe le père à mort, John Wain, éditions du Typhon (Prix Mémorable 2019)

Jazz, rébellion et amitiés dans l’Angleterre des années 1940/50

Un livre sorti en Angleterre dans les années 1960 et publié par les jeunes éditions du Typhon qui se sont donné pour mission (entre autres) de remettre en lumière le mouvement littéraire des « Angry Young Men » (Jeunes hommes en colère). Et frappe le père à mort est en effet un livre qui fait entendre la colère et l’aspiration à la liberté d’un jeune Anglais qui s’échappe de son école privée pour vivre pleinement sa passion du jazz dans des clubs londoniens. Roman polyphonique à l’écriture précise et rythmée, il a remporté le dernier Prix Mémorable du groupement des Librairies initiales dont nous faisons partie.

Résumé par l’éditeur :

Après une énième dispute avec son père – un universitaire à la vie austère, Jeremy fugue et arpente un Londres ravagé par les bombardements nazis. Seul et fauché, révolté contre un monde qu’il juge étriqué, il survit grâce à sa passion pour la musique. Vissé à son piano dans un bar enfumé, Jeremy réchauffe les nuits glacées des êtres brisés tout en rêvant de devenir un grand pianiste. Un soir, il fait la connaissance de Percy, un jazzman noir américain. Un rencontre qui bouleverse son existence… mais cette existence sera-t-elle comprise par son père pétri de certitude ? Mené sur un rythme trépidant qui épouse la sensualité du jazz, ce roman interroge les tensions générationnelles avec un regard perçant et serein. Si chaque génération semble toujours perdue aux yeux de la précédente, une trêve est possible quand les pères et les fils reconnaissent qu’ils portent en eux un peu de la souffrance de l’autre.

Le fort, Yves Letort, éd. L’Arbre vengeur (2019)

Un texte magnifique à l’atmosphère étrange… Yves Letort nous emmène dans un ailleurs indistinct où le silence d’un homme seul parti sur les traces d’un disparu se mêle au grondement du fleuve et de la nature tout entière. On pense à Julien Gracq et à Jean Giono à la lecture de ce roman publié par les éditions néo-aquitaines L’arbre vengeur dont nous apprécions particulièrement le travail !

Résumé par l’éditeur :

« Quernand est un officier singulier qui accepte volontiers la mission qu’on lui confie d’aller inspecter un fort aux marches du pays, dans un territoire pris à l’ennemi voisin une décennie plus tôt. Avant lui l’a précédé un autre officier dont on a perdu toute trace. Parti sur les traces de son prédécesseur évaporé, le jeune homme découvre une région d’une grande pauvreté où les quelques soldats présents sont plus des figurants que des militaires, où la vie au bord d’un large fleuve se fait lente et passive au point que lui-même renonce à toute contrainte, envahi par le spleen. »

Comment j’ai rencontré les poissons, Ota Pavel

LE livre à lire en temps de confinement ? Un homme se souvient de son père, homme fantasque, vendeur génial (il est représentant commercial pour Electrolux, champion de vente d’aspirateurs !), pêcheur passionné, père de famille enthousiaste… Les anecdotes se succèdent, les années aussi, les personnages traversent l’histoire tragique de l’Europe centrale au XXe siècle, mais le livre reste lumineux, sans mièvrerie aucune, et nous offre une ode à la nature, la tendresse, la vie.

Un texte largement autobiographique devenu un classique en République tchèque, récemment découvert en France grâce au remarquable travail d’une petite maison d’édition, les éditions do.

Il a reçu, lors de sa parution en 2017, le Prix mémorable du groupement des Librairies Initiales dont nous faisons partie.

 

La neige sous la neige, Arno Saar, éd. La fosse aux ours

« MARKO KURISMAA, ancien champion de ski de fond, est le meilleur flic de la brigade criminelle de Tallinn en Estonie. Seules ombres au tableau (d’avancement ?), il souffre de narcolepsie et il était le fils d’un opposant au régime soviétique de l’époque. Comme tout le monde à Tallinn, Kurismaa sait que le quartier de la vieille caserne de Kopli est un no man’s land. Les trafiquants de drogue, les squatters et les criminels de toutes sortes en ont fait leur royaume. C’est un triste endroit pour vivre et un endroit encore plus moche pour y mourir. C’est pourtant là que le corps d’une jeune femme est retrouvé sur un vieux canapé abandonné dans la rue et la neige l’a complètement enseveli.
Le commissaire Marko Kurismaa aime pourtant la neige, celle qui craque sous ses skis de fond, pas celle qui recouvre le corps nu d’une jeune femme.
Alors que la neige du glacial hiver estonien continue de tomber inexorablement, Kurismaa, qui partage l’enquête avec l’inspectrice Kristina Lupp (et pas seulement l’enquête), commence sa chasse à l’homme.
La piste qui mène au meurtrier ou à ceux qui meurent disparaît chaque fois qu’ils se rapprochent trop de la vérité, jusqu’à ce que Marko comprenne que la neige loin d’être une adversaire peut se révéler une alliée inattendue. »

La neige sous la neige, Arno Saar, La fosse aux ours
Paru le 5 mars 2020
Policier & Thriller

Paria, Richard Krawiec, éd. Tusitala

Un très bon polar dans la veine des meilleurs romans sociaux américains. Une peinture glaçante des Etats-Unis des années 1960 où l’on ne sait plus qui est le paria de qui – les Noirs ? Les femmes ? Les Polonais ? Les ados laissés à eux-mêmes ? L’écriture est subtile, l’intrigue captivante : on a beaucoup aimé !

Résumé par l’éditeur :

Maire d’une petite ville éclaboussé par un scandale, Stewart Rome se rappelle le sordide fait divers qui a bouleversé sa vie alors qu’il n’était encore que le jeune Stewie, timide et empoté. En 1967, on retrouvait Masha, la fille dont il était fou amoureux, sauvagement assassinée dans le sous-sol de son lycée. Un adolescent noir était rapidement arrêté. Était-il coupable ? De quoi se souvient réellement Stewart, narrateur trouble et manipulateur ? Paria parle de l’adolescence, de ses émotions incandescentes et des choix draconiens qu’elle implique. Loin du flower power et des luttes sociales que l’on associe ordinairement aux années 1960, c’est une autre Amérique qui se dévoile : celle de la famille ouvrière, du racisme, de l’addiction, qui punit les femmes tentées de s’émanciper. Une société minée par la peur, qui se nourrit de ses parias pour tâcher de survivre.