Comment j’ai rencontré les poissons, Ota Pavel

LE livre à lire en temps de confinement ? Un homme se souvient de son père, homme fantasque, vendeur génial (il est représentant commercial pour Electrolux, champion de vente d’aspirateurs !), pêcheur passionné, père de famille enthousiaste… Les anecdotes se succèdent, les années aussi, les personnages traversent l’histoire tragique de l’Europe centrale au XXe siècle, mais le livre reste lumineux, sans mièvrerie aucune, et nous offre une ode à la nature, la tendresse, la vie.

Un texte largement autobiographique devenu un classique en République tchèque, récemment découvert en France grâce au remarquable travail d’une petite maison d’édition, les éditions do.

Il a reçu, lors de sa parution en 2017, le Prix mémorable du groupement des Librairies Initiales dont nous faisons partie.

 

La neige sous la neige, Arno Saar, éd. La fosse aux ours

« MARKO KURISMAA, ancien champion de ski de fond, est le meilleur flic de la brigade criminelle de Tallinn en Estonie. Seules ombres au tableau (d’avancement ?), il souffre de narcolepsie et il était le fils d’un opposant au régime soviétique de l’époque. Comme tout le monde à Tallinn, Kurismaa sait que le quartier de la vieille caserne de Kopli est un no man’s land. Les trafiquants de drogue, les squatters et les criminels de toutes sortes en ont fait leur royaume. C’est un triste endroit pour vivre et un endroit encore plus moche pour y mourir. C’est pourtant là que le corps d’une jeune femme est retrouvé sur un vieux canapé abandonné dans la rue et la neige l’a complètement enseveli.
Le commissaire Marko Kurismaa aime pourtant la neige, celle qui craque sous ses skis de fond, pas celle qui recouvre le corps nu d’une jeune femme.
Alors que la neige du glacial hiver estonien continue de tomber inexorablement, Kurismaa, qui partage l’enquête avec l’inspectrice Kristina Lupp (et pas seulement l’enquête), commence sa chasse à l’homme.
La piste qui mène au meurtrier ou à ceux qui meurent disparaît chaque fois qu’ils se rapprochent trop de la vérité, jusqu’à ce que Marko comprenne que la neige loin d’être une adversaire peut se révéler une alliée inattendue. »

La neige sous la neige, Arno Saar, La fosse aux ours
Paru le 5 mars 2020
Policier & Thriller

Paria, Richard Krawiec, éd. Tusitala

Un très bon polar dans la veine des meilleurs romans sociaux américains. Une peinture glaçante des Etats-Unis des années 1960 où l’on ne sait plus qui est le paria de qui – les Noirs ? Les femmes ? Les Polonais ? Les ados laissés à eux-mêmes ? L’écriture est subtile, l’intrigue captivante : on a beaucoup aimé !

Résumé par l’éditeur :

Maire d’une petite ville éclaboussé par un scandale, Stewart Rome se rappelle le sordide fait divers qui a bouleversé sa vie alors qu’il n’était encore que le jeune Stewie, timide et empoté. En 1967, on retrouvait Masha, la fille dont il était fou amoureux, sauvagement assassinée dans le sous-sol de son lycée. Un adolescent noir était rapidement arrêté. Était-il coupable ? De quoi se souvient réellement Stewart, narrateur trouble et manipulateur ? Paria parle de l’adolescence, de ses émotions incandescentes et des choix draconiens qu’elle implique. Loin du flower power et des luttes sociales que l’on associe ordinairement aux années 1960, c’est une autre Amérique qui se dévoile : celle de la famille ouvrière, du racisme, de l’addiction, qui punit les femmes tentées de s’émanciper. Une société minée par la peur, qui se nourrit de ses parias pour tâcher de survivre.

Les vies de Maria, Hanna Krall, éd. Noir sur Blanc

Hanna Krall, qui a travaillé comme scénariste avec Krzysztof Kieslowski, revient sur les traces d’une petite fille juive polonaise pendant la guerre. Cette histoire (qui est la sienne) a inspiré un des films du réalisateur. Dans un style épuré, et pourtant si sensible, elle mène l’enquête, croise les témoignages, tire plusieurs fils et dans son récit n’élude ni les impasses ni les accents parfois ironiques du destin. Un texte labyrinthique captivant, à la frontière entre le journalisme, le témoignage et la littérature expérimentale.

Un texte hors normes sur la Deuxième guerre mondiale et la Pologne d’après-guerre

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Croire aux fauves, Nastassja Martin, éd. Verticales

Un récit très fort, des confins du Kamchatka aux salles d’opération de la Pitié Salpêtrière, qui interroge notre rapport à la nature et à la modernité.

Croire aux fauves, Nastassja Martin, éditions Verticales, 12.50€

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Bienvenue à Oswald, Célia Garino, éd. Courtes et longues

Chiméri va bientôt avoir 11 ans, et alors qu’elle visite un château avec ses parents historiens, elle se perd en suivant une lueur étrange dans les jardins. Soudain, le sol se dérobe sous ses pieds, l’obscurité l’engloutit. Elle arrive à Oswald, monde parallèle à la magie fascinante mais quelque peu dangereux pour les humains qui y tombent… Car Chiméri n’a pas passé le test d’amnésie, elle est donc coincée à Oswald, traquée par les autorités qui veulent l’envoyer au cachot ! Commence alors une course-poursuite où, aidée de ses amis de la confrérie des Opprimés, la jeune héroïne va faire l’expérience du pouvoir de l’imagination pour atteindre la liberté.
Un magnifique roman pour les 10-13 ans, un univers merveilleux plein de trouvailles, qui rappelle à la fois Alice au pays des merveilles et les films d’animation japonais de Miyazaki (en particulier Le Voyage de Chihiro). Une petite pépite !
Bienvenue à Oswald, Célia Garino, éditions Courtes et longues, 16,90€
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La valse sans fin, Mayumi Inaba, éd. Picquier

Les éditions Picquier, spécialisées dans la littérature asiatique, avaient déjà publié d’Inaba Mayumi (1950-2014) : 20 ans avec mon chat et La péninsule aux 24 saisons (prix Tanizaki au Japon), des livres assez contemplatifs, à l’écriture délicate et intime. Cette année est sorti La valse sans fin, un livre au sujet beaucoup plus dur mais où s’exprime tout le talent de cette formidable écrivaine japonaise. Elle y raconte l’histoire d’un couple d’artistes qui ont défrayé la chronique dans les années 70, Suzuki Izumi et Abe Kaoru, l’une écrivaine, l’autre saxophoniste de free jazz, les deux déchirés par la drogue. Le point de vue est celui de la jeune femme et il est troublant parfois d’avoir un tel sentiment d’intimité avec l’héroïne qu’on en oublie l’auteure, et qu’on a l’impression de lire un récit personnel. Raconter la vie de personnages médiatiques, au destin extraordinaire, tragique, de telle façon est rare et, ici, magistralement réussi. Un livre marquant, et une auteure contemporaine à découvrir.

La valse sans fin, Inaba Mayumi, éditions Picquier, 14€

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Zébu boy, Aurélie Champagne, éd. Monsieur Toussaint Louverture

Un de nos grands coups de cœur de la rentrée littéraire ! Un roman haletant qui nous fait traverser Madagascar pendant l’insurrection nationaliste de 1947. Une langue riche, métissée, qui nous plonge de manière extrêmement habile au cœur de cette page sombre de l’histoire coloniale française.

Zébu boy, Aurélie Champagne, éditions Monsieur Toussaint Louverture, 19.90€

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Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle, Rohan O’Grady, éd. Monsieur Toussaint Louverture

Let’s Kill Uncle est l’histoire de deux jeunes trublions, Barnaby et Christie, qui débarquent sur une paisible île canadienne et préméditent ensemble le meurtre d’un oncle… lui-même occupé à planifier leur assassinat. Ce classique de la littérature nord-américaine du XXe siècle, réédité cette année par Monsieur Toussaint Louverture, procure d’emblée un plaisir double. Le plaisir esthétique déclenché par un style satirique très maîtrisé, un peu patiné certes mais plaisant jusque dans l’évocation des noirceurs du cœur humain. Et le plaisir intellectuel des questionnements moraux ou psychologiques que les situations et les caractères inventés par Rohan O’Grady ne manquent pas de susciter.

Un doute subsiste lorsque la dernière page est tournée : on ne sait trop s’il faut considérer (et recommander) ce roman comme un ouvrage destiné à la jeunesse – les deux personnages principaux sont des enfants – ou comme un livre pour adultes – les sous-entendus sont nombreux et supposent des compétences de lecture bien assises. Mais si ce point demeure indécidable, c’est peut-être précisément parce que la romancière ne cesse d’interroger les frontières commodes que nous dressons entre les mondes de l’enfance et de l’âge adulte. Les anciens se distingueraient-ils de leurs cadets par un plus haut degré de rationalité ? Il y a lieu d’en douter lorsque les époux Brooks, qui accueillent Barnaby sous leur toit, le chérissent comme une réincarnation de leur fils défunt emporté par la guerre, ou lorsque le très respecté sergent Coulter sème au vent sa correspondance amoureuse. Les enfants se distingueraient-ils de leurs aînés par leur plus grande innocence ? Rien n’est moins sûr : le projet criminel du duo adolescent relève peut-être de la légitime défense sur une île où personne ne les prend au sérieux, mais on ne voit pas ce qui pourrait justifier les moyens qu’ils envisagent…

Un roman malicieux qui pourra donc surprendre et combler de nombreux lecteurs, jeunes et moins jeunes !

Aventures dans les Caraïbes, Henry Pitman, éd. Anacharsis

Traduite pour la première fois en français, l’incroyable histoire vraie qui a inspiré Daniel Defoe pour Robinson Crusoé ! Jeune chirurgien quaker capturé après une bataille perdue lors d’une rébellion en Angleterre, Henry Pitman fut envoyé comme prisonnier politique à l’île de la Barbade en 1685. Quatre ans plus tard, il publiait à Londres le récit de sa captivité et de son évasion vers une île déserte.
Ce roman d’aventures vraies nous plonge ainsi au beau milieu des Caraïbes, parmi les déclassés captifs, insoumis ou réprouvés échoués dans les colonies sucrières, tout un monde interlope aux sources de la mythologie exotique de la piraterie.

A noter : l’introduction très éclairante de Sophie Jorrand (qui est aussi la traductrice) et Frantz Olivié sur le contexte politique de l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle ; passionnant !

Aventures dans les Caraïbes, Henry Pitman, éd. Anacharsis, 2019. 17€

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La Femme aux cheveux roux, Orhan Pamuk, éd. Gallimard

L’écriture classique d’Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature 2006, nous enchante dans ce conte qui croise le destin d’un jeune garçon et les évolutions de la Turquie contemporaine. Le jeune Cem, après que son père a quitté le foyer, doit travailler auprès d’un maître puisatier dans la banlieue d’Istanbul pour payer son entrée à l’université. La relation quasi filiale qu’il tisse avec le maître, la rencontre d’une femme plus âgée à la chevelure rousse, et surtout le drame qui va survenir durant cet été va marquer durablement sa vie. Un grand roman sur la filiation, les choix individuels et la liberté.

La Femme aux cheveux roux, Orhan Pamuk, Gallimard, mars 2019. 21€.

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