On a lu, on a aimé…

Une femme surgit dans un village de montagne à la recherche d’un homme disparu. De loin, Noële, herboriste solitaire, l’observe, la suit, s’immisce dans l’histoire de l’autre pour en modifier le cours. Dans un décor grandiose de montagne, Laurence Vilaine nous emmène sur les chemins escarpés du mensonge, des vies fantasmées et de l’amour. On s’y égare avec plaisir, portés par une écriture sobre et habitée.

La Géante, Laurence Vilaine, éditions Zulma, 192 pages, 17,50€

 

Pastiche de thèse littéraire, l’ouvrage de Tiphaine Le Gall glose autour d’un très célèbre roman paru en 2050 et qui a révolutionné le monde de l’art : L’œuvre absente, 200 pages… blanches. Un canular très réussi, sur un ton plus sérieux qu’Art de Yasmina Réza auquel on peut penser, qui brille par ses analyses tant sur cette œuvre fictive que sur la littérature classique française (d’excellents passages sur Flaubert en particulier). Avis aux amateurs de critique littéraire !

Une ombre qui marche, Tiphaine Le Gall, éd. L’arbre vengeur, 200 pages, 14€

 

Premier roman choc qui se lie en un souffle. Une famille irakienne où règne le code d’honneur. Les voix de chacun de ses membres s’unissent en un chœur tragique et majestueux. Un texte publié par Elyzad, maison d’édition tunisienne véritable défricheuse de talents.

Que sur toi se lamente le Tigre, Emilienne Malfatto, éditions Elyzad, 80 pages, 13,90€

 

 

Un récit envoûtant sur fond de catastrophe écologique. Ambiance trash, mélange des genres, drogues et rock’n roll ; les amateurs de science-fiction apprécieront la superposition des plans temporels aussi maîtrisée que dans les livres de Christopher Priest ; si vous vous intéressez à l’Amérique centrale, il s’agit de la première traduction en français d’un livre d’une des icônes de la littérature caribéenne actuelle, musicienne par ailleurs. Bref, un texte foisonnant à découvrir !

Les tentacules, Rita Indiana, Editions Rue de L’échiquier, 192 pages, 17€

 

Une magnifique fresque historique à l’écriture exigeante qui nous plonge dans l’effervescence des cabinets d’architectes de Budapest à la Belle époque. A travers la trajectoire ascensionnelle d’un jeune apprenti, le roman peut aussi se lire comme une réflexion sur l’ambition, l’audace et le poids des empires avant leur effondrement.

Art nouveau, Paul Greveillac, Gallimard, 20€, 286 pages.

 

Vous pensez avoir mis les pieds dans un roman de science-fiction paranoïaque et absurde. Sauf qu’il s’agit d’une chronique… Avant et au cœur de la crise sanitaire qui nous occupe, Alexandre Labruffe, qui a séjourné plusieurs fois en Chine, nous embarque dans un récit éclaté, sorte de documentaire foldingue et intérieur d’une civilisation qui marche sur la tête. Inquiétant et cocasse !

Un hiver à Wuhan, Alexandre Labruffe, éditions Verticales, 112 pages, 12€

Quelques livres pour la jeunesse…

Un imagier grand format avec des pages qui se déplient pour nous faire découvrir de magnifiques dessins à la gouache. La richesse de la nature, la variété des teintes et la précision du trait à la portée de tous ! Dès 2 ans.
L’imagier des couleurs de la nature, Pascale Estellon, 19,50€

 

 

 

Un album sur la musique, les départs, et l’espoir… Sublime ! Pour voir quelques pages sur le site de l’éditeur : https://editionsdeux.com/produit/le-barrage/
Dès 5 ans (et jusqu’à 103 ans, c’est si beau !).
Le Barrage, David Almond, Levi Pinfold, éd. D’eux, 16€

 

 

Un roman drôle et surprenant, où se mêlent les voix des quatre personnages : Boris, un homme amoureux de sa voisine ; Chilpéric, le petit garçon du dessous ; Odilon, un corbeau qui parle ; et Asia, une fille sans coeur. Une histoire menée tambour battant, pleine de fantaisie et de tendresse, par les éditions Courtes et longues qui ont publié l’an dernier le très chouette Bienvenue à Oswald de Célia Garino. Dès 10 ans.

À cœur ouvert, Marie-France Zerolo et Élisabeth Benoit-Morelli, éd. Courtes et longues, 16,90€.

 

Difficile de passer à côté du dernier Timothée de Fombelle, grand auteur de romans pour la jeunesse (et pas seulement d’ailleurs, son livre Neverland paru récemment nous avait aussi beaucoup plu !)… Vous avez sans doute entendu parler d’Alma dans la presse, nous l’avons lu et on vous le confirme : il est très très bien, allez-y !!! Premier volet d’une trilogie, c’est un nouveau roman captivant plein d’aventures, de suspense et d’émotion, de finesse dans les descriptions, de précision dans la reconstitution historique, avec un soupçon de magie… Pour lecteurs jeunes et moins jeunes à partir de 11 ans.

Alma, Timothée de Fombelle, éd. Gallimard jeunesse, 18€.

Quelques livres printaniers pour les plus petits (0-3 ans)

Sur le nez du chiot, une sauterelle… Haïkus pour les quatre saisons de Rodoula Pappa et Seng Soun Ratavahn, éd. Cambourakis, 14€

Quatre saisons et une nuit d’été de Rotraut Suzanne Berner, éd. La Joie de Lire, 29,90€

Printemps de Leo Lionni, éd. Ecole des Loisirs, 8€

L’air du printemps, Jo Witek, Emmanuelle Halgand, éd. Père Castor, 12,90€ (livre + CD audio)

Les insectes de mon jardin, Adeline Ruel, éd. Père Castor, 9,50€

Dans l’herbe, Yukiko Kato, Komako Sakai, éd. Ecole des Loisirs, 8€

La guerre des salamandres, Karel Capek, éd. Cambourakis

La guerre des salamandres de Karel Capek, avant d’être l’un des ouvrages marquants de la science-fiction au XXe siècle (c’est à Capek que l’on doit l’usage du terme « robot »), est un formidable pamphlet sur l’arrogance humaine et les errements du monde moderne. En 1935, l’écrivain tchèque dénonçait avec brio le capitalisme et l’impérialisme ambiant et montrait comment une guerre peut se préparer sourdement, dans les profondeurs de l’océan.

Résumé par l’éditeur :

Les « Salamandres » de Capek sont secrètement parvenues, parallèlement à l’homme, à un degré d’évolution presque comparable. Ce sont de braves créatures peuplant discrètement, à l’abri des requins, certains hauts-fonds de nos côtes maritimes. L’homme (en la personne truculente du Capitaine Van Toch) les découvre d’abord au large de l’Indonésie, sur une petite île sauvage. Ce sont des êtres paisibles, corvéables à merci et même comestibles. Asservies, exploitées, les salamandres finiront cependant par se révolter, initiées en cela par la pensée marxiste et sensibilisées aux droits accordés aux ouvriers. Emportées par leur élan, ces dernières découvriront alors l’impérialisme, le nationalisme, grignotant peu à peu l’habitat terrestre, nos côtes s’effondrant dans leurs océans. Succéderont-elles alors à l’homme, seules maîtresses d’un globe aquatique, imitant celui-ci jusque dans sa manie d’autodestruction ? « Alors que la situation mondiale se présentait on ne peut plus mal sur le plan économique et pire encore sur le plan politique, j’eus l’occasion d’écrire la phrase suivante : «Ne pensez pas que l’évolution qui a abouti à notre vie soit la seule possibilité d’évolution sur cette planète.» C’est cette phrase qui est coupable, c’est l’origine de la guerre des salamandres. » (Karel Capek)

Et frappe le père à mort, John Wain, éditions du Typhon (Prix Mémorable 2019)

Jazz, rébellion et amitiés dans l’Angleterre des années 1940/50

Un livre sorti en Angleterre dans les années 1960 et publié par les jeunes éditions du Typhon qui se sont donné pour mission (entre autres) de remettre en lumière le mouvement littéraire des « Angry Young Men » (Jeunes hommes en colère). Et frappe le père à mort est en effet un livre qui fait entendre la colère et l’aspiration à la liberté d’un jeune Anglais qui s’échappe de son école privée pour vivre pleinement sa passion du jazz dans des clubs londoniens. Roman polyphonique à l’écriture précise et rythmée, il a remporté le dernier Prix Mémorable du groupement des Librairies initiales dont nous faisons partie.

Résumé par l’éditeur :

Après une énième dispute avec son père – un universitaire à la vie austère, Jeremy fugue et arpente un Londres ravagé par les bombardements nazis. Seul et fauché, révolté contre un monde qu’il juge étriqué, il survit grâce à sa passion pour la musique. Vissé à son piano dans un bar enfumé, Jeremy réchauffe les nuits glacées des êtres brisés tout en rêvant de devenir un grand pianiste. Un soir, il fait la connaissance de Percy, un jazzman noir américain. Un rencontre qui bouleverse son existence… mais cette existence sera-t-elle comprise par son père pétri de certitude ? Mené sur un rythme trépidant qui épouse la sensualité du jazz, ce roman interroge les tensions générationnelles avec un regard perçant et serein. Si chaque génération semble toujours perdue aux yeux de la précédente, une trêve est possible quand les pères et les fils reconnaissent qu’ils portent en eux un peu de la souffrance de l’autre.