Et c’est comme ça qu’on a décidé de tuer mon oncle, Rohan O’Grady, éd. Monsieur Toussaint Louverture

Let’s Kill Uncle est l’histoire de deux jeunes trublions, Barnaby et Christie, qui débarquent sur une paisible île canadienne et préméditent ensemble le meurtre d’un oncle… lui-même occupé à planifier leur assassinat. Ce classique de la littérature nord-américaine du XXe siècle, réédité cette année par Monsieur Toussaint Louverture, procure d’emblée un plaisir double. Le plaisir esthétique déclenché par un style satirique très maîtrisé, un peu patiné certes mais plaisant jusque dans l’évocation des noirceurs du cœur humain. Et le plaisir intellectuel des questionnements moraux ou psychologiques que les situations et les caractères inventés par Rohan O’Grady ne manquent pas de susciter.

Un doute subsiste lorsque la dernière page est tournée : on ne sait trop s’il faut considérer (et recommander) ce roman comme un ouvrage destiné à la jeunesse – les deux personnages principaux sont des enfants – ou comme un livre pour adultes – les sous-entendus sont nombreux et supposent des compétences de lecture bien assises. Mais si ce point demeure indécidable, c’est peut-être précisément parce que la romancière ne cesse d’interroger les frontières commodes que nous dressons entre les mondes de l’enfance et de l’âge adulte. Les anciens se distingueraient-ils de leurs cadets par un plus haut degré de rationalité ? Il y a lieu d’en douter lorsque les époux Brooks, qui accueillent Barnaby sous leur toit, le chérissent comme une réincarnation de leur fils défunt emporté par la guerre, ou lorsque le très respecté sergent Coulter sème au vent sa correspondance amoureuse. Les enfants se distingueraient-ils de leurs aînés par leur plus grande innocence ? Rien n’est moins sûr : le projet criminel du duo adolescent relève peut-être de la légitime défense sur une île où personne ne les prend au sérieux, mais on ne voit pas ce qui pourrait justifier les moyens qu’ils envisagent…

Un roman malicieux qui pourra donc surprendre et combler de nombreux lecteurs, jeunes et moins jeunes !

Aventures dans les Caraïbes, Henry Pitman, éd. Anacharsis

Traduite pour la première fois en français, l’incroyable histoire vraie qui a inspiré Daniel Defoe pour Robinson Crusoé ! Jeune chirurgien quaker capturé après une bataille perdue lors d’une rébellion en Angleterre, Henry Pitman fut envoyé comme prisonnier politique à l’île de la Barbade en 1685. Quatre ans plus tard, il publiait à Londres le récit de sa captivité et de son évasion vers une île déserte.
Ce roman d’aventures vraies nous plonge ainsi au beau milieu des Caraïbes, parmi les déclassés captifs, insoumis ou réprouvés échoués dans les colonies sucrières, tout un monde interlope aux sources de la mythologie exotique de la piraterie.

A noter : l’introduction très éclairante de Sophie Jorrand (qui est aussi la traductrice) et Frantz Olivié sur le contexte politique de l’Angleterre de la fin du XVIIe siècle ; passionnant !

Aventures dans les Caraïbes, Henry Pitman, éd. Anacharsis, 2019. 17€

> Pour réserver ce livre, vous pouvez nous envoyer un message ici ou nous appeler au 05 59 27 83 31.

La Femme aux cheveux roux, Orhan Pamuk, éd. Gallimard

L’écriture classique d’Orhan Pamuk, Prix Nobel de littérature 2006, nous enchante dans ce conte qui croise le destin d’un jeune garçon et les évolutions de la Turquie contemporaine. Le jeune Cem, après que son père a quitté le foyer, doit travailler auprès d’un maître puisatier dans la banlieue d’Istanbul pour payer son entrée à l’université. La relation quasi filiale qu’il tisse avec le maître, la rencontre d’une femme plus âgée à la chevelure rousse, et surtout le drame qui va survenir durant cet été va marquer durablement sa vie. Un grand roman sur la filiation, les choix individuels et la liberté.

La Femme aux cheveux roux, Orhan Pamuk, Gallimard, mars 2019. 21€.

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Nino dans la nuit, de Capucine et Simon Johannin (éditions Allia)

Gros coup de cœur pour ce roman écrit à quatre mains, un texte foudroyant sur l’itinéraire de Nino Paradis, jeune précaire de 20 ans, dont la vie est, comme son nom ne l’indique pas, semblable à une galère nocturne qui vogue à la recherche d’un coin de terre ferme. De la Légion étrangère au trafic de bijoux volés, en passant par les petits boulots en supermarché, Nino survit et observe la société de son regard acéré et ses mots toujours justes. Armé de solides amitiés et de l’amour fou qui le lie à la belle Lale avec qui il partage sa vie, Nino nous emporte dans sa fureur de vivre et d’aimer, et nous offre un regard inédit sur une certaine jeunesse.

Nino dans la nuit, Capucine et Simon Johannin, éditions Allia, janvier 2019, 14€.

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L’appel, de Fanny Wallendorf (éditions Finitude)

Fanny Wallendorf passe la barre haut la main pour son premier roman : une biographie évocatrice de Richard Fosbury, le premier sauteur à regarder les étoiles. Un livre magnifique sur les émotions sportives et les passions de jeunesse, évoquées avec beaucoup de délicatesse. Décidément, les éditions Finitude sont un vrai découvreur de talents.

L’appel, Fanny Wallendorf, éditions Finitude, 22 euros.

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